19 septembre 1843

« 19 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 127-128], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10747, page consultée le 06 mai 2026.

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Bonjour mon cher petit homme chéri, bonjour mon pauvre petit bien-aimé, bonjour, je t’aime. Comment vas-tu ce matin mon cher petit ? Quand reprendras-tu tes bonnes habitudes avec moi mon cher adoré ? C’est bien triste de te voir, mon Toto, de te savoir malheureux loin de moi. Tu as beau me dire des paroles de bonté et de douceur, il n’en est pas moins vrai que tu ne viens que quelques moments le soir auprès de moi si tu y trouvais quelque consolation, tu y viendrais plus souvent mon pauvre amour, c’est bien sûr et je n’aurais pas la double tristesse qui vient de ton chagrin et de mon impuissance à l’adoucir1.
Je rêve continuellement de toi et de toute la maison mon cher adoré. Ce sont des rêves bien douloureux, mon pauvre petit homme, et qui ne me reposent pas de la triste préoccupation de la journée. J’aurais bien besoin de te sentir auprès de moi pour me tranquilliser mon cher petit homme. Hélas ! Je prévois que la journée va se passer comme toutes les autres, à t’attendre, et j’en ai le cœur lourd d’avance.
Je sais bien mon pauvre petit que tu ne sors pas et que tu ne reçois personne. Mais je sens bien que si tu m’aimais, tu trouverais de la douceur à venir auprès de moi dans le moment où tu souffres et où tu es le plus triste et le plus malheureux des pères. Je ne veux pas te tourmenter mon cher bien-aimé, encore moins avoir des exigences dans ce douloureux moment, mon pauvre petit, et pourvu que tu trouves quelques consolations à ton affreux chagrin, je bénirai le bon Dieu et je me résignerai à te désirer et à t’adorer de loin.
Prends soin de toi, mon cher bien-aimé ! Tâche de ne pas tomber malade. Pense à moi su tu peux et aime-moi pour que je vive. Ton amour, c’est ma vie mon Toto. Je ne pourrais pas plus vivre sans toi qu’on ne peut vivre sans respirer.

Juliette


Notes

1 Victor Hugo est en deuil de sa fille Léopoldine, morte le 4 septembre, noyée dans la Seine, tandis que Hugo était en voyage avec Juliette.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.